Les Procédés de Marqueterie

   La marqueterie est un art du décor, un art ancestral. Sous sa forme la plus primitive nous la découvrons en ancienne Égypte, durant l’Antiquité, ou l’incrustation de matière est employée pour décorer le mobilier.
   Les premières marqueteries à proprement parler, des incrustations de marbre dans du chêne, ont été découvertes en Asie mineur, dans l’actuelle Turquie, ornant le palais du roi Mausole à Halicarnasse, en 350 avant Jésus-Christ. On nommera cette technique la Tarsia Certosina, ou l’Intarsia, procédé dérivé de la sculpture, qui consiste à creuser des cavités dans du bois massif afin d’y insérer des éléments de différentes matières. Elle se développera notamment en Italie sous l’Empire Romain, de 29 avant Jésus-Christ jusqu’en 350 après celui-ci.

 

Studiolo du palais ducal de Gubbio, vers 1478–1482

Pièce toute en marqueterie par Benedetto da Maïano.

 
 Son art se meurt quelque peu jusqu’au XIVe siècle où l’Italie devient alors le berceau de sa résurrection, notamment dans la ville de Florence. Un nouveau procédé appelé Tarsia Geometrica fait son apparition, aussi nommée plus familièrement le Frisage. L’incrustation d’élément laisse place à des assemblages géométriques rectilignes, permettant au XVe siècle la réalisation des premiers effets picturaux de teinte du bois et d’ombrage, ainsi que des perspectives. Un grand nom de cette époque, Benedetto da Maïano, est reconnu pour être le véritable inventeur de la marqueterie.

 

 

 

 

   
   En France, Charles VIII, Louis XII et François I permettent à la marqueterie de se développer et de s’épanouir. Les Dossiers des Stalles de St Denis restent aujourd’hui les marqueteries françaises les plus anciennes connues. Elles furent réalisées par Michel Guesdon en 1509.
   
   
   À la suite de la Tarsia Géométrica, au XVIe siècle, apparaît la Tarsia a Toppo, dite la marqueterie de bloc. Afin d’obtenir une répétition du même motif, des collages de baguettes de bois disposées en faisceaux sont découpés par tranche.
   C’est au XVIIe siècle, vers 1620, que la Tarsia Incastro, aussi nommée méthode par superposition où marqueterie Boulle, est inventée par des marqueteurs allemands d’Augsbourg. Cette technique consiste à découper des feuilles de placages contrastés en superposition, pour ainsi former en motif en party et contre-party. André Charles Boulle n’est certes pas l’inventeur du procédé qui porte son nom, mais cet ébéniste développa la technique et lui donna toutes ses lettres de noblesse. Son style tout particulier se distingue par le mélange des métaux, du bois, et de l’écaille de tortue. L’utilisation du sciage conique par inclinaison permet de perfectionner la minutie des réalisations, et d’obtenir des joints invisibles lors de l’assemblage des pièces.

 

 

  Depuis le XVIIIe siècle jusqu’à aujourd’hui, la méthode de découpe élément par élément, où des paquets séparés, reste la plus pratiquée. Elle consiste à découper séparément toutes les pièces qui constituent la marqueterie, et offre ainsi la possibilité de marier une plus grande variété de matériaux et de coloris, et la réalisation de micro-série.  
   
   D’autres techniques se développent autour de la découpe élément par élément, notamment la Perce de Georges VRIZ. Cette technique, dite par « perce », a été inventée dans les années 80, elle consiste à réaliser une marqueterie en superposant plusieurs compositions de placages. Les différentes couches sont « percées » par ponçages sur des endroits bien définis afin de faire réapparaître les couleurs en superposition. Le but étant de se rapprocher du travail d’un artiste-peintre ou d’un coloriste, et obtenir des fondues et des brumes de couleur.

« Femme aux violons » – Georges Vriz, 1984.

   La marqueterie n’échappe pas à l’innovation et aux progrès techniques, aujourd’hui la découpe-laser est de mise pour les grandes séries, les dessins sont réalisés par infographie, la reproduction des dessins par photocopie, et les essences de bois peuvent être teinté d’une riche palette de couleur…  Son art reste en tout cas intemporel.
 
Source : « La Marqueterie » de Pierre Ramond, Éditions Vial 2016.